Les romans que j’emporterais sur une île déserte

Les livres que j'emporterais sur une île déserte

Aujourd’hui, je vais vous parler un peu de mes romans préférés de tous les temps – au moins ça.

Je dois avouer que j’ai un rapport à la lecture parfois un peu compliqué. Dès que j’ai su lire, j’ai commencé à dévorer bouquin sur bouquin, je crois qu’à l’époque la totalité du Club des Cinq a dû y passer. Vers mes neuf ans, quand on a eu le droit de commencer à fréquenter la petite bibliothèque de mon école primaire, j’y restais des heures et j’avais toujours le droit d’emporter plus de livres que la limite maximum. J’ai commencé à lire de moins en moins vers la fin de l’adolescence, puis presque plus du tout pendant mes années d’études à l’école d’arts. La faute peut-être un peu à Internet, à un planning scolaire très chargé, je ne sais pas trop.

Depuis, j’ai repris la lecture plus assidument, en partie grâce à Goodreads dont le challenge annuel m’offre une bonne motivation, sans compter celle liée à la quantité de bouquins que je vois défiler chez mes contacts et que j’ajoute régulièrement à ma « to-read list ». Malgré tout, je me rends compte que je suis devenue une lectrice un peu difficile et que j’ai du mal à retrouver la passion qui me faisait tourner les pages à toute vitesse lorsque j’étais plus jeune: je m’ennuie vite, je manque un peu de concentration. J’attends d’un bouquin qu’il me captive, qu’il m’emporte. Que je peine à le refermer et que j’aie hâte de m’y replonger. Si je dois trop m’accrocher, je perds vite le fil. Il y a aussi les romans que je termine en me disant « ok c’était sympa » et que j’oublie presque aussitôt.

J’ai donc eu envie de faire une petite sélection de quelques uns des romans qui ont le plus marqué ma vie de lectrice adulte. Il ne s’agit pas d’analyses constructives et réfléchies, j’avoue être incapable de porter un regard objectif sur les livres que j’ai particulièrement aimés. J’entretiens un rapport très émotionnel avec ces personnages et ces histoires qui m’ont tenue éveillée jusqu’à des heures déraisonnables et à cause desquelles j’ai souvent failli rater mon arrêt de bus ou de train (ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé !). Mais allez, j’essaie quand même de vous expliquer pourquoi ces romans-là sont exceptionnels !

(et oui bien sûr que j’emmène aussi Harry Potter !)


L'affaire Jane Eyre

L’affaire Jane Eyre Jasper Fforde

Dans un univers entre uchronie et monde parallèle, où les dodos sont des animaux de compagnie communs – clonés et vendus en kits – et où la frontière entre la fiction et la réalité tend souvent à disparaître, Thursday Next est détective au sein d’une unité spéciale dédiée aux crimes littéraires: commerce illégal, vol de manuscrits, contrefaçons, kidnapping de personnages de romans…

L’affaire Jane Eyre est le premier tome des aventures de Thursday Next, et il s’agit d’une excellente introduction à cet univers original, drôle et intelligent, qui s’enrichit à chaque nouveau volume. Je ne compte pas le nombre de fois où je me suis exclamée « Mais c’est absolument génial !! » pendant ma lecture des cinq premiers tomes (les deux derniers publiés m’ont malheureusement un peu déçue), ni le nombre d’éclats de rire francs qu’ils ont déclenchés. Il s’agit de très loin des romans les plus réjouissants de ma bibliothèque. Jasper Fforde y mélange tous les genres, nous promène à l’intérieur des classiques de la littérature dont il s’approprie les personnages, et surtout parvient à transmettre l’enthousiasme que l’écriture de cette histoire lui a de toute évidence procurée.

En l’espace de vingt secondes suivant l’enlèvement de Jane, le premier lecteur inquiet avait remarqué qu’il se passait des choses étranges aux abords de la page cent sept de sa luxueuse édition reliée de cuir de « Jane Eyre ». En l’espace d’une demi-heure, le standard de la bibliothèque de l’English Museum avait sauté. En l’espace de deux heures, tous les bureaux de LittéraTecs étaient assiégés de coups de fil provenant de fans de Brontë anxieux. En l’espace de quatre heures, le président de la Fédération Brontë s’était entretenu avec le Premier Ministre.


Le cœur cousu

Le cœur cousu Carole Martinez

Dans l’Andalousie du 19e siècle, Frasquita hérite d’une boîte transmise de mère en fille à chaque génération. Douée pour la couture, elle y découvre des fils et des aiguilles, qui lui confèrent un étrange pouvoir magique: ce qu’elle coud prend véritablement vie sous ses doigts. Chassée de son village après avoir été perdue par son mari lors d’un combat de coq, elle part sur les routes avec ses six enfants, qui ont tous également hérité de dons surnaturels.

Des années plus tard, Soledad, la plus jeune des filles de Frasquita, ouvre la boîte à son tour et y découvre un cahier dans lequel elle entreprend de raconter l’histoire de sa famille.

Je me rappelle être tombée amoureuse de ce roman dès ses premières pages, emportée par le style à la fois fluide et poétique de Carole Martinez. J’ai adoré me plonger dans cette grande fresque familiale, qui prend très vite les allures d’un conte fantastique: la magie se mêle subtilement au quotidien, les éléments surnaturels servent de métaphores pour exprimer les sentiments et le caractère des personnages. C’est vraiment très très beau, aussi bien l’histoire que la manière dont elle est racontée.

Commença alors pour ma mère la période des fils de couleur.

Ils avaient fait irruption dans sa vie, modifiant le regard qu’elle portait sur le monde.

Elle fit le compte: le laurier-rose, la fleur de la passion, la chair des figues, les oranges, les citrons, la terre d’ocre de l’oliveraie, le bleu du ciel, les crépuscules, l’étole du curé, la robe de la Madone, les images pieuses, les verts poussiéreux des arbres du pays et quelques insaisissables papillons avaient été jusque-là les seuls ingrédients colorés de son quotidien. Il y avait tant de petites bobines, tant de couleurs dans cette boîte qu’il lui semblait impossible qu’il existât assez de mots pour les qualifier. De nombreuses teintes lui étaient totalement inconnues comme ce fil si brillant qu’il lui paraissait fait de lumière. Elle s’étonnait de voir le bleu devenir vert sans qu’elle y prît garde, l’orange tourner au rouge, le rose au violet.


L'ombre du vent

L’ombre du vent Carlos Ruiz Zafón

A Barcelone, en 1945, le jeune Daniel accompagne son père pour la première fois au Cimetière des Livres Oubliés: selon la tradition familiale, il doit « sauver » un ouvrage parmi les milliers que renferme cet endroit mystérieux du quartier gothique. Ce roman, « L’ombre du vent », qu’il ne choisit pas vraiment tant il s’impose à lui, va l’entraîner dans une quête d’une dizaine d’années sur les traces de son énigmatique auteur, Julian Carrax.

L’auteur mélange très habilement les genres littéraires, et crée un univers riche et intriguant, qui servira de point de départ à plusieurs de ses autres romans. On découvre avec Daniel une Barcelone sombre, brumeuse et remplie de mystères. On rencontre avec lui des personnages fascinants, on le voit évoluer, devenir adulte. Si certains retournements de situation m’ont parfois semblé un peu attendus, ça ne m’a pas du tout empêchée d’être happée par cette intrigue très romanesque; c’est à la fois drôle, captivant, attendrissant, effrayant. J’ai dévoré ce bouquin en un rien de temps, et j’en suis ressortie avec la sensation rare qu’on m’avait vraiment raconté une histoire.

Nous suivîmes le gardien dans le couloir du palais, et débouchâmes dans une grande salle circulaire où une véritable basilique de ténèbres s’étendait sous une coupole percée de rais de lumière qui descendaient des hauteurs. Un labyrinthe de corridors et d’étagères pleine de livres montait de la base au faîte, en dessinant une succession compliquée de tunnels, d’escaliers, de plate-formes et de passerelles qui laissaient deviner la géométrie impossible d’une gigantesque bibliothèque.


Les Hauts de Hurlevent

Les Hauts de Hurle-Vent Emily Brontë

Les Hauts de Hurle-Vent est un domaine situé dans les landes anglaises. Au retour d’un voyage, le propriétaire, Mr Earnshaw, ramène chez lui le jeune Heathcliff, un enfant abandonné dont il a croisé le chemin et qu’il décide d’adopter. Le garçon noue rapidement une relation fusionnelle avec Catherine, la fille d’Earnshaw; les deux enfants se jurent fidélité et amour éternel. Mais à la mort du père, le fils aîné, Hindley, en décide autrement: Heathcliff est relégué au rang de domestique, et Catherine ne tarde pas à s’éprendre de leur riche voisin, qu’elle décide d’épouser. Fou de rage, Heathcliff s’enfuit après avoir juré de revenir se venger.

J’avais 16 ou 17 ans lorsque j’ai lu Les Hauts de Hurle-Vent pour la première fois, et j’ai été totalement retournée par ce tourbillon de sentiments violents, passionnés, destructeurs (je pense qu’on s’y retrouve particulièrement à l’adolescence). Heathcliff fait incontestablement partie des personnages les plus forts, les plus marquants que j’ai rencontrés dans l’ensemble de mes lectures. Il a tout pour être détestable, il est odieux, cruel, manipulateur, il ne recule devant rien pour assouvir son profond désir de vengeance. Et pourtant, son charisme et sa nature torturée en font un personnage envoûtant, qui me fascine autant qu’il m’horrifie (mais alors clairement je ne voudrais pas le croiser dans la vraie vie).

Mes grandes souffrances dans ce monde ont été les souffrances de Heathcliff, je les ai toutes guettées et ressenties dès leur origine. Ma grande raison de vivre, c’est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d’exister; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l’univers me deviendrait complètement étranger, je n’aurais plus l’air d’en faire partie. Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois: le temps le transformera, je le sais bien, comme l’hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous: source de peu de joie apparente, mais nécessité.


L'Écume des jours

L’Écume des jours Boris Vian

Colin et Chloé sont jeunes, riches, follement amoureux. Ils mènent une vie douce, dépourvue de contraintes matérielles, et passent leur temps à s’amuser, à écouter du jazz et à s’aimer, bien à l’abri dans leur petit nuage confortable. Jusqu’au jour où un nénuphar élit domicile dans le poumon de Chloé.
Chick, le meilleur ami de Colin, est quant à lui épris d’Alise. Mais sa passion dévorante pour le philosophe Jean-Sol Partre, dans laquelle il investit tout son temps et ses ressources, met en péril leur relation.

J’avoue ne pas m’être vraiment attachée aux personnages, je les trouve même parfois un peu agaçants. Pour moi, l’intérêt du roman réside essentiellement dans le monde dans lequel ils évoluent, un univers de métaphores, poétique et extravagant. Les situations sont souvent cocasses, le texte rempli de jeux de mots.

Mais au delà de son côté charmant, cet univers surréaliste sert surtout de prétexte à l’auteur pour tourner en dérision notre propre société, et se moquer de ses absurdités: le travail, inhumain et avilissant; les rites religieux, et les hommes qui se servent de leur dieu pour justifier et assouvir leur cupidité; les médecins, la police, le consumérisme, l’idolâtrie aveugle… Rien n’est épargné, et le « charmant » devient vite grinçant.

Ils marchaient, suivant le premier trottoir venu. Un petit nuage rose descendait de l’air et s’approcha d’eux.

– J’y vais ? proposa-t-il.

– Vas-y ! dit Colin, et le nuage les enveloppa.

A l’intérieur, il faisait chaud et ça sentait le sucre à la cannelle.


La Part de l'autre

La Part de l’autre Eric-Emmanuel Schmitt

La Part de l’autre peut se résumer à une seule question: que se serait-il passé si, le 8 octobre 1908, l’Académie des Beaux-Arts de Vienne n’avait pas rejeté la 2ème candidature d’Adolf Hitler ? Ce seul événement aurait-il suffi à en faire un homme différent, à changer l’histoire de l’Europe contemporaine et du reste du monde ?

Au premier abord, ça semble simpliste et facile. Et pourtant, Eric-Emmanuel Schmitt réussit à construire de manière parfaitement crédible les deux destins possibles d’un même homme, que l’on suit en parallèle, sans tomber dans un portrait manichéen du méchant opposé au gentil. Le but avoué par l’auteur est d’amener le lecteur à se questionner sur sa propre part d’ombre. De mon point de vue, ça fonctionne dans une certaine mesure: on n’en vient pas forcément à se dire qu’on a tous un Hitler qui sommeille en nous, mais j’ai trouvé cette réflexion sur les hasards plus ou moins grands et les circonstances qui façonnent une personne vraiment intéressante, pertinente et bien menée.

L’erreur que l’on commet avec Hitler vient de ce qu’on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors norme, un barbare sans équivalent. Or, c’est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d’ailleurs si, demain, ce ne sera pas toi ou moi ? Qui peut se croire définitivement à l’abri ? A l’abri d’un raisonnement faux, du simplisme, de l’entêtement ou du mal infligé au nom de ce qu’on croit le bien ?

Aujourd’hui, les hommes caricaturent Hitler pour se disculper eux-mêmes. La charge est inversement proportionnelle à la décharge. Plus il est différent, moins il leur ressemble. Tous leurs discours reviennent à crier « ce n’est pas moi, il est fou, il a le génie du mal, il est pervers, bref il n’a aucun rapport avec moi ».


Tokyo

Tokyo Mo Hayder

Dans les années 90, une jeune anglaise surnommée Grey débarque à Tokyo sans un sous en poche, à la recherche d’un témoignage concernant un événement qui se serait produit en 1937 pendant le massacre de Nankin, un épisode particulièrement sordide de la guerre sino-japonaise. Elle y rencontre Shi Chongming, un vieux professeur chinois rescapé du massacre dont elle espère qu’il puisse répondre à ses questions.

Je vous ai déjà parlé de Tokyo dans le compte rendu de mes lectures de 2014. Ça me fait un peur bizarre de le classer parmi mes petits chouchous, en partie parce que c’est le seul que je n’ai, pour l’instant, lu qu’une seule fois. Mais aussi parce qu’il s’agit d’un roman très sombre, très glauque, un roman brillant et captivant dont il est néanmoins difficile de dire « j’ai aimé » tellement il m’a mise mal à l’aise et m’a fait grimacer d’effroi.

Et pourtant, je dois reconnaître qu’une fois commencé je ne l’ai quasiment plus lâché avant d’arriver au dénouement final. On suit en parallèle la quête de Grey dans un Tokyo ravagé par la crise économique et les exactions des yakuzas, et le récit de l’épouvantable tuerie survenue à Nankin, racontée à travers le journal de Shi Chongming. Cette construction alternée entretient parfaitement le suspense, on croit deviner le pire sans jamais imaginer l’horreur qui se dévoile au fil des pages.

Je ne sais pas combien de temps je restai là, ni dans quel état de crise mon corps entra à ce moment-là – peut-être que je m’évanouis, peut-être que je basculai dans un état second -, mais pendant que j’étais là, tremblante, avec pour seule compagnie les battement de mon cœur, si forts que c’était comme si sa taille s’était multipliée par cent, comme s’il était devenu aussi gros que la maison, quelque chose, le froid ou la peur, entraîna ma conscience vers les profondeurs d’un long tunnel silencieux, jusqu’à ce que je ne sois plus rien, plus rien qu’un pouls sourd, et faible, dans un lieu sans géographie, sans frontières et sans lois physiques.


Et vous, quels sont vos livres préférés au monde ?

3 commentaires

  1. Charlie

    Répondre

    Je n’ai pas lu Tokyo ni Le cœur cousu, mais j’apprécie énormément tous les autres livres que tu as cités. J’ai adoré me perdre dans une Barcelone embrumée, voyager avec Thursday Next dans la fiction, me poser bien trop de question devant La Part de l’autre, frissonner devant ce nénuphar qui grandit bien trop vite et râler contre Heathcliff pendant des centaines de pages (quel affreux sagouin). J’avoue que j’ai un peu de mal aujourd’hui à trouver dans mes lectures de ces dernières années des livres qui atteignent ce stade de coup de cœur absolu que je peux relire sans me lasser, il y en a peut-être 3, voire 4… Enfin l’avenir le dira ^^

    Et ta tasse est trop cool !

    1. Aline

      Répondre

      Je te conseille vraiment très fort Le cœur cousu, c’est tellement beau <3

      Pareil, j'ai beaucoup de mal à retrouver cet enthousiasme dans mes lectures récentes… à part dans les romans de Julie ! Elle peut dire ce qu'elle veut, elle a un sacré talent pour raconter des histoires <3 Et sinon j'avoue que quand j'ai vraiment envie et besoin de me plonger dans un bouquin, je relis un Harry Potter, c’est toujours une valeur sûre :p

  2. Charlie

    Répondre

    Ah oui, Un 1er novembre au hasard je l’ai déjà lu trois fois, il fait incontestablement partie des coups de coeur !!
    Oui Harry Potter ça ne vieillit pas, c’est toujours aussi bien (même l’Ordre du Phénix où je râle pourtant beaucoup contre Caplocks!Harry ^^).

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