Bienne, un an plus tard

Bienne, déambulations dans la vieille ville

Il y a un an presque tout pile, nous commencions enfin à déballer nos cartons dans ce nouvel appartement dont nous rêvions depuis plusieurs mois. Et, au grand désespoir de ma maman, nous en profitions pour nous installer dans une nouvelle ville. Oh, pas bien loin de la précédente, mais quand même. Pour moi qui ai vécu plus de 30 ans à Neuchâtel et dans les environs – dont 25 dans la maison de mon enfance – ce changement n’était pas anodin, et il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire. D’ailleurs, encore aujourd’hui, j’ai tendance à considérer Neuchâtel comme ma ville, j’ai parfois du mal à me dire que je n’y vis plus.

Pourtant, un an après m’y être installée, je m’y sens vraiment bien, dans cette nouvelle ville. Ce changement a été positif, il m’a aidée à me libérer de quelques mauvais schémas dans lesquels je m’étais enfermée, m’a poussée un peu en dehors de ma petite zone de confort parfois étriquée (qu’on se rassure, je m’en suis vite créé une nouvelle, faut pas exagérer). Et puis il y a ce bel appartement qu’on aime tellement et où il est si agréable de vivre. La vie est douce, ici, et j’essaie d’être toujours consciente de la chance infinie que nous avons.

Et au delà de ce que le déménagement a pu m’apporter de positif sur le plan personnel, j’ai appris à aimer ma nouvelle ville pour elle-même. Alors aujourd’hui, j’avais envie de vous en parler un peu, et de partager ces quelques images prises entre la vieille ville et le bord du lac le mois dernier.

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Une ville vivante

En un an, on m’a souvent demandé pourquoi ce choix, qui surprend toujours un peu mon entourage. En général, je réponds « parce qu’on en avait envie ». Et c’est vrai, à la base, il n’y avait pas vraiment d’autre raison que l’envie de nouveauté. De se créer de nouvelles habitudes. D’explorer de nouveaux endroits, de découvrir une nouvelle ville de l’intérieur, et pas juste en venant s’y balader de temps en temps.

Alors non, Bienne n’a pas le charme évident, qui saute aux yeux dès qu’on y met les pieds pour la première fois, de Neuchâtel. Oui c’est une ville plutôt industrielle, un peu grise. Oui certains quartiers sont moches. Mais c’est aussi une ville qui vit, qui bouge. Une ville où les gens ont des idées, et où j’ai l’impression que ces idées sont encouragées et soutenues.

Il y a les cyclistes qui circulent un peu partout, et les automobilistes attentifs et respectueux des piétons et des vélos; il y a les gens qui flânent ou font la sieste au bord du lac, qui pique-nique le midi sur les petites places, où y organisent des apéros entre voisins; il y a les bacs à légumes partagés mis en place par le parlement des jeunes, un an avant la diffusion de Demain et le succès des « Incroyables comestibles »; il y a des initiatives écolos soutenues par le conseil municipal, et des petites boutiques qui permettent une alternative aux achats en supermarchés; il y a la fête dans la vieille ville une fois par mois, les événements culturels dont on découvre régulièrement l’existence, les cinémas qui diffusent la majorité des films en version originale sous-titrée et tout le monde trouve ça normal.

Bienne n’a pas le charme évident de Neuchâtel, mais en l’absence de lauriers sur lesquels se reposer, elle se donne les moyens d’évoluer. C’est une ville qui se découvre, qui s’apprivoise.

Une ville qui possède également une petite particularité presque unique en Suisse, qui contribue à sa richesse…

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Une ville bilingue

Cette particularité, qui constituait une des raisons de notre intérêt pour Bienne, c’est le bilinguisme.

En Suisse, les zones linguistiques sont définies de manière plutôt nette, les langues se mélangent assez peu, à quelques exceptions près. Bienne fait justement partie de ces exceptions, puisqu’elle se trouve à la limite de deux zones et qu’il s’agit d’une des trois villes où le Schwyzerdütsch et le français cohabitent – même si elle est historiquement plutôt suisse-allemande et que la population germanophone reste majoritaire. Deux ans avant notre déménagement, alors que nous envisagions déjà de venir nous installer ici après les études de mon mari, on m’a demandé si ça ne m’embêterait pas d’habiter une ville où l’usage du suisse-allemand prédomine, si ça ne serait pas compliqué, au quotidien.

Alors le Bärndütsch (la variante bernoise du suisse-allemand, car quatre langues nationales dans ce tout petit pays ça ne suffisait, c’est plus rigolo si une d’entre elles se divise en une multitude de dialectes dont chacun a ses petites spécificités) on ne va pas se mentir, il faut s’y habituer, ça pique un peu les oreilles au début (pas juste un peu, en fait) (et pas seulement au début). C’est une drôle de langue, trainante malgré le fait que les syllabes se chevauchent pour créer de nouveaux mots qui n’ont plus grand chose à voir avec l’allemand d’origine. Une langue qui emprunte des mots et des expressions au français, et dont la grammaire est simplifiée à l’extrême – on ne se prend pas vraiment la tête avec des concepts tels que le genre ou la conjugaison – alors qu’à la base, la grammaire allemande c’est un peu le truc qui traumatise tous les jeunes écoliers romands. Et oui, ça surprend toujours quand on vient te demander « Isch guet gsi ? »* alors que tu es en train de boire ton chocolat chaud dans un mignon petit café, peu importe l’amabilité de la serveuse.

Mais depuis un an, je me suis retrouvée une seule fois face à un interlocuteur avec qui il était difficile de discuter et c’était un cas extrême: il refusait de faire tout effort pour adapter son bernois à mes maigres compétences, et parlait anglais moins bien que moi allemand. Le reste du temps, tous les Suisses-allemands avec qui j’ai eu l’occasion de dialoguer, que ça soit dans les commerces, dans nos démarches administratives ou avec nos voisins, parlent un minimum le français et fournissent de gros efforts pour qu’on se comprenne. À Bienne, il n’est pas rare d’entendre des gens passer naturellement d’une langue à l’autre au beau milieu d’une conversation, et personne ne s’étonne que vous répondiez « Bonjour » au « Grüesser » d’un commerçant.

Mes voisins sont d’ailleurs un excellent exemple de cette richesse linguistique: un père romand et une mère suisse-allemande qui élèvent une petite fille bilingue.

* « Isch guet ? » = « Ist es gut ? » = « C’est bien ? ». Le « gsi » à la fin sert à marquer le passé, on ne va quand même pas s’embêter à utiliser une forme verbale dédiée. Bel exemple de conjugaison à la suisse-allemande 😉

Une ville pas si moche ?

Et puis bon, je pense qu’il suffit d’une balade dans la vieille ville, avec ses jolies rues pavées, ses petits commerces alternatifs et sa vie de quartier bien développée, ou encore le long du canal que l’on peut suivre depuis le centre-ville jusqu’aux rives du lac, pour réaliser que Bienne n’est pas si grise, en fin de compte, et surtout loin d’être aussi moche et froide qu’on l’imagine parfois.

Les rives du lac de Bienne Les rives du lac de Bienne SCHRONK ! Une bibliothèque en plein air au bord du lac de Bienne Le Stadt Biel ancré au port de Bienne

Je termine avec ce petit extrait d’un an de déambulations dans ma nouvelle ville sur Instagram ♥︎

"La Bier c'est super" – Le bilinguisme aussi, bienvenue à Bienne ! Balade au parc municipal de Bienne Bienne, le long de la Suze Bienne, le long de la Suze Le crépuscule sur le lac de Bienne Une grille d'immeuble art nouveau à Bienne Coucher de soleil au dessus du canal Un dimanche après-midi hivernal. Un dimanche après-midi hivernal. Les jours qui rallongent. Vue sur le Seeland depuis la colline de Macolin/Magglingen Le bord du lac de Bienne Balade dans la forêt du Längholz, Bienne Balade dans la forêt du Längholz Le long de la Suze Une jolie porte rouge dans une rue de Bienne Le bord du lac de Bienne Les petits pandas du bord du lac Vue sur le Seeland depuis la colline de Macolin

16 commentaires

  1. Charlie

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    Oh, déjà un an !! Le temps passe tellement vite…
    Très contente que ce changement ait été positif pour vous. Changer de ville ça n’est pas facile, sortir de sa zone de confort non plus, et aller habiter dans une ville bilingue demande des efforts, vous pouvez être fiers de vous. 🙂

    Et elle a l’air jolie ta « nouvelle » ville ! Vous êtes aussi à proximité de son lac ?
    Les photos sont jolies, on aura de quoi se balader quand on reviendra vous rendre visite 😉

    1. Aline

      Répondre

      Ouiii déjà un an c’est complètement fou !

      Bon pour le coup, le bilinguisme ne complique pas vraiment les choses, en général quand on me sort un truc incompréhensible en suisse-allemand, les gens se rendent compte très vite que je n’ai rien compris et passent au français sans problème. C’est vraiment fou, j’ai l’impression que tout le monde ici s’en sort dans les deux langues, je dois être la personne la moins bilingue de Bienne ^^’ (mais on va remédier à ça, m’inscrire enfin à un cours d’allemand fait partie de mes objectifs de l’année prochaine !)

      Notre appart est assez proche du lac oui, je dirais à peu près pareil qu’à Neuchâtel. Le bord du lac sont moins sympas par contre, surtout on ne peut pas s’y balader longtemps sans devoir s’écarter des rives à cause de propriétés privées (voire de plages à accès payant, c’est assez scandaleux).

      Hehe oui on aura largement de quoi se balader, surtout qu’il nous reste à nous-même PLEIN d’endroits à explorer ! Et notre nouveau canapé-lit a été doublement approuvé par Anne-Laure et par Julie cet été 😉

  2. Nicole Koller

    Répondre

    Bonjour,
    Je ne vous connais pas mais je trouve votre article MAGNIGIQUE. Je vis depuis 54 ans à Bienne (j’y suis née) et vous avez réussis à décrire ma ville comme elle est.
    Un grand merci et bravo pour vos photos.
    Je vous souhaite une belle vie à Bienne
    schöns Tägli
    PS. Permettez-moi de partager votre article

    1. Aline

      Répondre

      Merci beaucoup pour votre très gentil message !
      N’hésitez pas à partager l’article, j’en serais très heureuse 🙂
      Une très belle journée à vous

  3. Wälti

    Répondre

    Manifique autant le texte que les images….

    1. Aline

      Répondre

      Merci beaucoup ! 🙂

  4. Forchelet

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    Merci pour votre article sur notre ville si particulière de Bienne. Je suis Biennois de naissance depuis 38 ans et Bienne continue toujours de me surprendre. Bienne a pour moi cette particularité d’être proche de tout: un lac, des montagnes, la campagne et ses champs en tout genre, les forêts. Mais ce qui me plaît le plus c’est le calme si proche des grands axes que l’on peut trouver partout en ville. Faites 20 mètres dans une petite rue et vous entendez la nature alors même que 20 mètres plus tôt vous entendiez la circulation. Bienne est remplie de petits havres de paix alors que l’agitation n’est pourtant pas si loin. J’ai toujours trouvé cela merveilleux. Je terminerai en vous conseillant, si vous le permettez, de regarder l’émission de la RTS: descente en cuisine du 22 janvier 2016. Vous y découvrirez, tout comme moi sans doute, quelques belles surprises et entendrai une phrase qui, selon moi, résume parfaitement la mentalité Biennoise: nous ne sommes pas Suisses-Allemands, nous ne sommes pas Romands, nous sommes Biennois (dixit le patron du St-Gervais).

  5. Yvan Snook

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    Ha trop cool votre article et les photos sont belles .
    36 ans bientôt que je suis arrivé à Bienne et que de changement depuis les années 80 mais toujours émerveillé par ma ville d’adoption c’est pas la seule ville bilingue et je pense qu’elle est bien plus que bilingue…
    La vieille ville retrouve un dynamisme inespéré avec prochainement l’ouverture du Gärbi comme cerise sur le gâteau.
    Bon je vous souhaite de découvrir la nouvelle salle Farel à la fin du mois également.
    J’espère que vous passiez encore de merveilleux moment dans cette petite ville que j’aime appeler village .
    Tous mes meilleures voeux pour le futur .

    1. Aline

      Répondre

      Merci beaucoup pour votre commentaire 🙂

  6. Emilie - Mamandeteste.com

    Répondre

    Très bel article! Je suis également biennoise d’adoption et je suis heureuse que nous ayons choisi d’élever notre fils dans cette ville si riche et particulière qu’est Bienne.

    1. Aline

      Répondre

      Merci beaucoup Emilie !

      Ça doit être chouette, d’élever un enfant dans une ville ou le français et le suisse-allemand coexistent de manière aussi naturelle, j’imagine que ça ne peut que faciliter l’apprentissage des deux langues.

  7. Roxane Jacobi

    Répondre

    Mon époux et moi sommes également des Neuchâtelois «exilés» volontairement à Bienne depuis environ quatre ans. Nos amis se sont aussi demandés à l’époque ce qu’on pouvait bien aller faire là-bas («faut être fous pour avoir envie de s’installer à Bienne», disaient leurs regards interrogateurs et leurs expressions muettes de stupeur).
    Eh oui, Bienne gagne à être découverte. Elle a ses défauts, mais tellement de petites perles, d’endroits insolites à découvrir. Il fait bon y vivre; très rapidement, nous sommes devenus des cyclistes au quotidien, une pratique tellement «à la biennoise»… Et le bilinguisme est une telle richesse. Langue, culture et identité francophones et germanophones s’y mélangent, s’y côtoient et s’enrichissent réciproquement, de la façon la plus naturelle du monde.
    Un vrai plaisir de lire votre article et de découvrir vos photos…

    1. Aline

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      Merci beaucoup Roxane pour votre commentaire 🙂

      De notre côté, on a surtout remarqué cet étonnement chez les personnes de la génération de nos parents. Nos amis qui sont comme nous en fin de vingtaine / début de trentaine ont plutôt tendance à considérer Bienne comme une ville intéressante et surtout beaucoup plus dynamique que Neuchâtel par exemple. En revanche, chez les personnes plus âgées de notre entourage, on a constaté qu’il y avait beaucoup d’à priori négatif – qui dataient généralement de plus de 30 ans 😉 Comme vous le dites, Bienne a ses défauts mais elle vaut vraiment la peine d’être découverte !

  8. Chosseler Pauline

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    Bonjour, merci beaucoup pour votre article. Parisienne  » exilée  » à Bâle avec mon mari et nos deux enfants, nous sommes désireux de nous installer prochainement dans cette ville qui ne se laisse pas découvrir au premier coup d’oeil, c’est vrai. Le site est remarquable et j’adore les villes bilingues.
    Personnellement, pour avoir travaillé avec des personnes de la région de Bern, j’ai trouvé le Bärndütsch plus facile que le Baslerdütsch (!).
    Votre témoignage me donne confiance en ce choix. Merci beaucoup.
    Pauline

  9. En Mode Bonheur

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    Que c’est joli ! Je ne connais pas du tout cet endroit mais ça donne bien envie de découvrir 🙂

    xx
    Julie

    1. Aline

      Répondre

      Bienne doit faire partie des villes suisses les moins connues en dehors de nos frontières 😉 Mais elle vaut vraiment la peine d’être découverte !
      Merci beaucoup pour ton petit mot 🙂

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